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09.05-16.05.2019 – Suite de l’instruction sur les viols de masse et pillages commis à Luvungi : examen de la structure de commandement du NDC

Les audiences du 9 au 16 mai ont porté sur la suite de l’instruction de viols de masse et de pillage commis à Luvungi, avec la comparution des prévenus Zitonda et Cheka. Les audiences se sont essentiellement concentrées sur la structure de commandement du NDC, les relations avec les FARDC et la présence gouvernementale dans la région de Luvungi.

L’audience du 9 mai s’est particulièrement intéressée à la déposition à charge du commandant Mayele, décédé depuis, et qui aurait pris une part active à la commission de ces crimes. Cette personne était un ancien membre des FARDC qui avait intégré le NDC et promu chef d’état-major par le commandant du NDC (alias T6) en raison de son expérience militaire. Les avocats de la défense se sont attelés à démontrer les contradictions relevées parmi les procès-verbaux, insinuant que le témoignage et le décès de Mayele pourraient en fait relever d’un montage. D’après Cheka, lorsque t le commandant T6 aurait appris l’implication de Mayele dans l’attaque de Luvungi, il aurait alors décidé de l’arrêter et le remettre à la justice.

Interrogé par le Ministère public sur la structure de commandement du NDC, Cheka a réitéré qu’il n‘était que le chargé des relations publiques, tandis que T6 était le véritable commandant, à l’identité secrète. A ce titre, Cheka était en relation avec de nombreux comandants des FARDC, qui l’informaient sur l’administration de l’armée.

Les représentants des parties civiles ont à leur tour interrogé Cheka, le 10 mai 2019, sur son rôle au moment des faits et le lien entre NDC et FARDC. Cheka a déclaré ne pas avoir été identifié comme étant présent par aucune des victimes, et précisé que les FARDC n’étaient pas présentes à Luvungi.

Ce fut ensuite au tour de l’avocat de la RDC de questionner le prévenu au cours de l’audience du 16 mai sur l’organisation interne du NDC. Cheka a précisé que le NDC avait changé de dénomination suite au décès du gardien de coutume, T6, puisqu’il n’avait alors plus personne à représenter. Il a également désigné un certain Guidon comme chargé des renseignements au sein des NDC, présentement membre des FARDC à Masisi.

Le Ministère public a réfuté cette information, désignant Guidon comme un « ennemi » des FARDC, et qui ferait l’objet d’enquêtes en cours. Il a également relevé que le gouvernement était bel et bien présent à Luvungi, et plus généralement à Walikale, qualifiant les chefs de village d’émanation même du gouvernement.

En réponse, Cheka a pointé le lien entre les chefs coutumiers et les FDLR, auxquelles les premiers versaient des denrées collectées auprès de la population. Le Ministère public a également contesté ce récit, considérant que ces rations étaient obtenues sous la contrainte.

Au cours de ces audiences ont été soulevées les failles liées aux mesures de protection des victimes, suite à l’identification par le prévenu Zitonda d’une victime qui comparaissait pourtant voilée à l’occasion des audiences du 2 et 3 mai 2019.

A noter par ailleurs que le 16 mai, Cheka a également soulevé la question des conditions sécuritaires du retour de sa famille à Goma, hébergée par la MONUSCO depuis 2 ans à Kampala, ainsi que de ses conditions de détention qu’il estime indignes. La Cour a considéré que ces préoccupations n’avaient pas lieu d’être débattues à l’audience et que le prévenu devrait plutôt s’adresser à l’administration pénitentiaire, en informant la Cour.

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