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04.07.18 – Première audience

Atmosphère générale
Le TPI du Kef avait réservé une salle d’audience bien disposée et dotée de matériel de sonorisation. Une autre salle plus grande que la salle d’audience était réservée pour la traduction. Il n’y a eu aucun incident particulier, l’accès à la salle d’audience était libre et les journalistes autorisés à filmer durant l’ouverture du procès et avant l’audition des victimes, témoins et accusés. Des tentes avaient été installées par les activistes de la société civile en face de l’entrée principale du tribunal.

Un paravent était disposé dans la salle d’audience pour protéger les témoins. Le seul témoin durant cette audience a toutefois préféré ne pas bénéficier de cette protection. Après son témoignage, il lui a été demandé d’attendre dans la salle d’audience à côté du public, en vue de sa confrontation avec les accusés.

Déroulé de l’audience
Le comportement des magistrats était exemplaire, tendant à la recherche de la vérité dans cette affaire. Il a été procédé la lecture des faits, des titres d’accusation et de l’identité des accusés. Aucune demande venant de la part des témoins, de la partie civile ou des avocats n’a été refusée ou non prise en considération.

La Présidente a reporté l’audition des deux accusés présents dans la salle à la prochaine audience, vu qu’ils n’étaient pas assistés par des avocats. Ce report a été décidé suite à l’insistance des avocats des parties civiles qui ont suggéré que ce procès soit équitable et ce malgré l’insistance des accusés pour qu’ils soient auditionnés sans conseil. Le magistrat du parquet n’a formulé aucune demande significative.

Plus de 30 avocats se sont manifestés pour représenter les parties civiles. Les avocats ont pu poser sans problèmes des questions à la partie civile et au témoin qui ont été entendus par le tribunal. Aucun avocat ne s’est présenté pour la défense des accusés.

Audition de Ridha Baraketi (frère de la victime) :
Ridha Baraketi a rappelé le contexte politique en 1987 et notamment la vague d’arrestation qui a touché les militants du parti ouvrier communiste tunisien (POCT) mais aussi des activistes au sein de la mouvance islamiste. Ridha a été arrêté durant le mois d’avril en 1987 et a subi des actes de torture. Il dit avoir été confronté à d’autres personnes arrêtées et torturées dans le poste de Gaafour et notamment Chadli Jouini qui était dans état très critique. Les séances de torture étaient selon lui pratiquées sous la direction de Fatteh Ben Ammar, le chef du poste de police de Gaafour (principal accusé dans cette affaire/décédé). Le chef du poste de police de Bouarada ferait également partie des tortionnaires. Ridha a été relâché dès l’arrestation de son frère Nabil. Douze jours après, son oncle Mohamed Ben Hamida Baraketi, proche du régime en place, a informé la famille de la fuite de Nabil Baraketi du lieu de sa détention. Ridha Baraketi a également évoqué les injustices subies par les membres de sa famille à la suite du décès de son frère, notamment le licenciement de ses deux frères de la fonction publique. Ridha Baraketi a enfin demandé que justice soit faite et déclaré qu’il était contre une justice vindicative et la peine de mort.

Audition des témoins :
Chadli Jouini, activiste au sein du Parti ouvrier communiste tunisien, a été arrêté le 28 avril 1987 et torturé dans le poste de police de Gaafour, a priori par les mêmes auteurs que ceux qui avaient torturé Nabil Baraketi.

Mohamed Nejib Oueslati était un agent au poste de police de Gaafour au moment des faits. Le revolver qui se trouvait à côté du corps de Nabil Baraketi lui appartiendrait. Au moment des faits, Oueslati était en congé. Il a déclaré avoir laissé son arme chez le Chef du poste de police de Gaafour, Fatteh Ben Ammar –principal accusé dans cette affaire. Toutefois, cette déclaration se contredit avec celle faite devant le juge d’instruction en 1989 et selon lesquelles il avait laissé son revolver dans le casier réservé à la garde des munitions et objets appartenant aux agents. Ce témoin a été démis de ses fonctions en décembre 1989 pour négligence et faute professionnelle. Il a déclaré que Nabil Baraketi avait été tué le soir du 8 mai 1987 et que ce sont ceux qui travaillaient au poste de police de Gaafour qui l’avaient tué. Le 9 mai, il a été appelé pour reprendre le service. Les accusés Albouchi, Elhamdi et Mejri l’ont informé le 9 mai que Nabil Baraketi s’était évadé et donné la mort. Il a finalement déclaré que Nabil Baraketi avait été arrêté sans aucune autorisation judiciaire, mais sur ordre du Gouverneur Mohamed Berrejeb. Il était en service lors de l’arrestation de Baraketi et a été témoin de sa torture, qu’il attribue au chef du poste de police et ses collaborateurs.

Audition des accusés :
Deux agents étaient présents sur le banc des accusés. La Présidente allait les auditionner, mais puisqu’ils n’étaient pas assistés par des avocats, leur audition a été reportée à la prochaine audience, qui sera fixée ultérieurement.

Observations générales
Cette audience s’est déroulée dans une bonne ambiance générale et dans des conditions favorisant le procès équitable. Toutefois, s’agissant d’une affaire criminelle, la Présidente aurait dû préciser aux accusés leur droit à l’assistance d’un avocat. Leur audition a été reportée suite à l’insistance des avocats des parties civiles pour que les accusés bénéficient d’un conseil par le biais de la commission d’office.

Par ailleurs, le témoin, un ex-agent de police opérationnel au poste de Gaafour au moment des faits, suite à son audition a continué à suivre le procès dans un banc à côté du public. Le tribunal aurait dû réserver un endroit spécifique aux témoins.

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