Ouganda : les victimes de la LRA réagissent aux premières audiences dans l’affaire Dominic Ongwen

25 mars 2016

25 mars 2016 – Alors que la Cour pénale internationale (CPI) vient de confirmer les charges contre Dominic Ongwen, ASF partage les réactions des victimes à la mise en accusation du commandant présumé de l’Armée de Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA). Au cours de deux jours de projection en direct organisée en janvier 2016 par ASF et le Projet justice et réconciliation (Justice and Reconciliation Project) à Gulu, dans le nord de l’Ouganda, les victimes et les communautés locales affectées ont pu suivre l’audience préliminaire qui s’est déroulée à La Haye, où siège la CPI. Au cours de cette activité, les participants et les victimes ont pu réagir aux audiences et exprimer leurs vues et sentiments sur le rôle de la justice et la lutte contre l’impunité d’une manière plus générale.

Commandant présumé de la brigade Sinia du groupe rebelle de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), dans le nord de l’Ouganda, Dominic Ongwen est poursuivi devant la CPI pour y répondre de 70 chefs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il aurait commis entre 2002 et 2005 dans le nord de l’Ouganda.

« Initialement, l’audience de confirmation des charges devait se tenir en Ouganda, mais il a été décidé, pour divers motifs, dont la sécurité des victimes, qu’elle se tiendrait à La Haye », explique Dorah Caroline Mafabi, chef de mission ASF en Ouganda. « Toutefois, nous avons jugé qu’il était important pour les victimes d’être en mesure de suivre l’audience en direct et d’être témoins des charges retenues contre Ongwen à la CPI. »

Simon (prénom d’emprunt) vit à Lukodi, l’un des nombreux villages du nord de l’Ouganda à avoir subi les attaques de la LRA. Il a témoigné sa gratitude envers ASF pour l’organisation de cette projection : « Je me sens soulagé parce que nous pouvons d’une certaine manière voir et écouter ce qui se passe à la cour. Nous sommes en mesure de juger par nous-mêmes de la véracité des débats. »

Si certaines victimes étaient satisfaites de voir Ongwen comparaître devant les juges et de constater que les charges retenues contre lui reflétaient bien les crimes qu’elles avaient subis, d’autres ont ressenti un sentiment de détresse face aux images. Marie (prénom d’emprunt), une autre victime du village de Lukodi, raconte : « C’était difficile de le voir, car cela a ravivé le souvenir de mes proches enlevés ou toujours portés disparus. »

La plupart des participants ont également été choqués et contrariés de voir Dominic Ongwen porter un costume de ville devant la cour au lieu de son uniforme militaire, « tenue dans laquelle il a commis ces atrocités ».

Le rôle de la CPI et de la justice internationale ont également fait l’objet d’un débat suite à la projection. Alors que certains dirigeants de communauté ont émis le souhait de voir le pardon accordé à D. Ongwen, d’autres participants ne partageaient pas cette opinion. Certains ont déclaré considérer la CPI comme un instrument de justice et d’aide. Les victimes étaient en outre généralement satisfaites de la présentation faite en audience par le Procureur dont elles considéraient qu’elle reflétait ce qui leur était arrivé ou ce qui était arrivé à leurs proches. Cependant, certaines victimes se sont interrogées sur le fait que le gouvernement ne les avait pas protégées lors des attaques de la LRA, alors que selon les preuves présentées à l’audience (notamment des communications radio qui avaient été interceptées), le gouvernement semblait au courant de ces attaques. Elles ont demandé à ce que la vérité soit aussi révélée quant à ce manquement. L’importance des réparations a également été discutée par les victimes.

L’audience de confirmation des charges s’est tenue à La Haye du 21 au 27 janvier 2016. Le 23 mars 2016, la Chambre préliminaire II a confirmé les charges retenues contre D. Ongwen et renvoyé l’affaire pour la tenue de son procès.

Pour plus d’informations sur l’affaire Ongwen, cliquez ici.

Cliquez ici pour visionner les témoignages complets de Simon et Mary.

Afin de protéger l’identité des victimes, leurs visages ont été floutés et leurs prénoms modifiés.

Photo de couverture ©ASF

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