Accès à la justice au Tchad: la société civile se mobilise

7 décembre 2015

N’Djamena, le 3 décembre 2015 – Malgré les réformes engagées ces dernières années en matière de justice, la population tchadienne rencontre encore de nombreux obstacles pour accéder à la justice. Face à cette situation, les organisations de la société civile (OSC) se mobilisent afin de donner une assistance juridique. Avocats Sans Frontières (ASF) soutient trois de ces OSC dans leurs efforts pour protéger les droits humains.

La population tchadienne connait mal ses droits, surtout en dehors des villes. Les règles coutumières restent très puissantes. Les avocats sont peu nombreux (174 avocats pour une population de 11 millions d’habitants). Ces derniers étant presque tous basés dans la capitale N’Djamena, la majorité des Tchadiens ne peut pas faire recours à leurs compétences pour faire valoir leurs droits.

Face à cette situation, les OSC se sont mobilisées depuis plusieurs années. « Nous faisons le travail des services publics qui sont quasi inexistants: sensibiliser les citoyens à leurs droits, proposer des conseils juridiques gratuits, une assistance devant les tribunaux, ou encore des services de médiation », explique Marthe Dorkagoum. Cette magistrate est membre du bureau exécutif et chargée des relations publiques de l’Association des Femmes Juristes du Tchad (AFJT), l’une des trois OSC partenaires du projet « Améliorer l’accès à la justice des personnes en situation de vulnérabilité au Tchad » avec ASF.

Les besoins sont énormes. « Nos juristes et parajuristes s’occupent des laissés pour compte, surtout les femmes qui ignorent leurs droits en matière de succession ou subissent de graves violences conjugales », témoigne Oyal Ngarassal, qui préside une autre OSC partenaire, le Public Interest Law Center (PILC). « Un moment donné, ces personnes en ont ras le bol de souffrir, elles font le pas et viennent nous voir pour défendre leurs droits ».

Dans le cadre du projet, ASF donne un appui technique aux OSC, notamment par des ateliers d’échange de formation. Récemment, les trois organisations partenaires ont participé à un atelier consacré aux techniques de communication. « Comment expliquer aux maris que nous ne sommes pas là pour soulever leurs femmes contre eux mais bien pour faire respecter leurs droits fondamentaux ? Oui, bien communiquer est crucial dans notre travail », estime Oyal Ngarassal. Marthe Dorkagoum confirme : « Les populations mais aussi les autorités locales doivent mieux connaître ce  que nous faisons ».

Vice-Président de l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad (APLFT), Ali Mbodou apprécie ces ateliers : « Pour nous, c’est un plus. C’est un partage d’expérience. »

Outre ce soutien technique, ASF donne un soutien financier afin que les OSC assurent des services d’aide juridique et d’assistance judiciaire à la population – en particulier aux femmes, aux enfants et aux personnes en détention.

L’AFJT, l’APLFT et le PILC mènent des activités complémentaires et couvrent des zones géographiques différentes. Ensemble, elles comptent plus de 500 juristes et parajuristes. Dans le cadre du projet d’ASF, 30.000 personnes ont déjà été sensibilisées à leurs droits, 2.000 ont reçu un conseil juridique et 200 ont bénéficié de l’assistance d’un avocat.

Le projet d’ASF « Améliorer l’accès à la justice des personnes en situation de vulnérabilité au Tchad » se poursuit jusqu’en mai 2016, avec le soutien de l’Union européenne.

Photos: Trois organisations de la société civile tchadienne se mobilisent pour assurer des services d’aide légale à la population. Photo de couverture (de g. à d.): Oyal Ngarassal du Public Interest Law Center, Ali Mbodou de l’Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad, et Marthe Dorkagoum de l’Association des Femmes Juristes du Tchad. N’Djamena, novembre 2015 © ASF/G. Van Moortel

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