Les conditions de détention en RD Congo violent les droits des prisonniers

12 janvier 2015

Kinshasa, le 12 janvier 2015 – Surpopulation, manque d’hygiène, absence de soins de santé, manque de nourriture… la situation des détenus en RD Congo est très préoccupante. Pour débattre sur les conditions de détention et leur impact sur les droits humains des prisonniers, Avocats Sans Frontières (ASF) et RCN Justice & Démocratie (RCN J&D) ont organisé conjointement une table-ronde sur le « Droit à la justice : la détention en RD Congo ».

En RD Congo, la surpopulation carcérale avoisine régulièrement les 400%. Qu’ils soient en détention préventive ou condamnés, les détenus sont souvent victimes de violations de leurs droits les plus élémentaires : ils n’ont pas accès à la nourriture ni aux soins de santé, et vivent dans un environnement sanitaire précaire. Beaucoup sont par ailleurs détenus de manière irrégulière et n’ont pas accès à l’appui judiciaire qui leur permettrait de faire valoir leurs droits.

Maître Joséphine Mfulu, membre du pool « détention préventive » du barreau de Kinshasa-Matete, soutenu par ASF, le confirme: « Septante pour cent des détenus à la prison centrale de Makala le sont en détention préventive. Tout y est monnayé, jusqu’à l’obtention d’un lit ou la possibilité de téléphoner ou de se laver. La détention devrait pourtant être l’exception, la liberté étant la règle. » Comme l’a également souligné Gaëlle Vandeputte, Chef de Mission de RCN J&D, « la détention en RD Congo viole les libertés fondamentales inscrites aux articles 5 (sur la torture) et 9 (sur la détention arbitraire) de la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

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La table-ronde sur le droit à la justice organisée par ASF er RCN © RCN

En réunissant les différents acteurs travaillant sur les questions liées au milieu carcéral, lors d’une table-ronde à l’occasion de la récente Journée mondiale des droits de l’homme, ASF et RCN J&D ont alerté les autorités nationales et internationales sur les conditions de détention en RD Congo, et sur le besoin d’appui afin d’améliorer ces conditions. Josselin Léon, Chef de Mission d’ASF, a appelé la société civile congolaise à lutter pour la sauvegarde des libertés fondamentales.

Bien que l’État congolais ait démontré une volonté d’améliorer la situation, les intervenants ont tous évoqué les délais d’application des mesures et le manque de moyens. D’après Emery Bukasa, Coordinateur de la SOPROP (Solidarité pour la promotion de la paix en RD Congo), « la récente loi sur la protection contre la torture fait de cet acte une infraction imprescriptible. Mais cette loi met du temps à s’implémenter et, à ce jour, elle a abouti à très peu de condamnations. »

Une situation similaire a été constatée par Maître Sylvie Ntumba, membre du barreau de Kinshasa-Gombe soutenu par ASF, sur la question des enfants en conflit avec la loi : « L’actuelle loi sur la protection des enfants prévoit toute une série de mesures de placement et de garde chez des particuliers. Malheureusement, beaucoup de mineurs sont encore placés dans un pavillon réservé à la prison de Makala à Kinshasa. »

Comme l’a rappelé Son Excellence Michel Latshenko, Ambassadeur de Belgique en RD Congo, « Il ne peut y avoir de développement sans justice. C’est pourquoi nous soutenons les organisations, telles qu’ASF et RCN J&D, qui luttent pour le respect de la dignité humaine au Congo ».

Photo de couverture: La prison de Beni-Butembo, dans le Nord-Kivu © ASF

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