Tunisie : des habitants enfin entendus

15 mai 2014

Malgré la révolution de 2011, face à un problème de la vie quotidienne, les citoyens tunisiens n’ont parfois pas d’autre choix que de descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement. Les mécanismes formels de participation, comme des réunions du conseil municipal ou avec l’administration, ne leur sont pas toujours accessibles et/ou disponibles. Avocats Sans Frontières (ASF), en partenariat avec le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), vient en aide aux populations défavorisées en renouant le dialogue avec les pouvoirs locaux. L’objectif est de garantir la protection et l’effectivité des droits humains, ce qui contribue à l’amélioration des conditions de vie.

Depuis le printemps arabe, la tendance à manifester et à bloquer les routes s’est généralisée lorsque les Tunisiens souhaitent faire entendre leur mécontentement auprès des pouvoirs locaux. Cette situation est révélatrice du problème d’accès aux mécanismes de participation qui permettent aux citoyens de connaître et revendiquer leurs droits.

La ville de Moulares, située à 400 km au sud-ouest de Tunis, illustre bien cette réalité. Dans le cadre d’un projet de prise en charge des personnes défavorisées, ASF, en partenariat avec le FTDES, travaille dans cette région où le taux de chômage atteint les 28%. Khaled Houssein, coordinateur du projet, s’est rendu à Moulares suite à l’écartement illégal d’un groupe de jeunes d’un processus de recrutement d’une grande compagnie minière. Il s’est retrouvé face à une ville en colère à cause d’un tout autre problème : la distribution d’eau.

De fait, depuis plusieurs semaines, la distribution d’eau était devenue très irrégulière suite à l’éclatement d’une canalisation. Cet incident a entrainé des conséquences au niveau de la santé des habitants, de l’élevage des animaux et de l’exploitation des terres agricoles. « Nous en avons assez ! Les canalisations sont cassées et personne ne fait rien. Les enfants sont malades à cause des excréments qui jaillissent des égouts ! Personne ne veut nous entendre ! », témoignent les habitants. Excédés par le refus des deux Gouverneurs successifs de la région de les rencontrer, la population de Moulares a installé des barrages interdisant l’accès à la ville.

En sa qualité d’avocat et coordinateur d’une ONG internationale, M. Houssein a facilement accès à l’administration gouvernementale. Suite aux revendications de la population, il obtient rapidement un rendez-vous avec le Gouverneur. « Les parties prenantes ont été conviées à cette réunion afin d’aboutir à une solution adéquate et acceptable. Le Gouverneur a pris des mesures concrètes et la semaine suivante, la canalisation était réparée », se réjouit le coordinateur ASF.

Cette situation démontre que des solutions rapides et efficaces existent mais que les mécanismes pour les mettre en œuvre sont souvent difficilement accessibles aux habitants. Il est essentiel que les procédures administratives ne dépendent pas de la bonne volonté d’une seule personne et qu’elles s’inscrivent dans une logique étatique non discriminante fondée sur l’État de droit.

Présente dans la région depuis 2012, ASF travaille avec le FTDES dans l’appui aux populations défavorisées de la région afin que les citoyens puissent revendiquer leurs droits économiques et sociaux. Ce projet est financé par l’Union européenne.

Photo : Malgré la révolution de 2011, les conditions de vie des citoyens tunisiens restent problématiques © ASF S. Stanton

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