Rwanda 2014 : parier sur la justice

7 avril 2014

Bruxelles –  Le 7 avril 1994 débute, au Rwanda, un génocide qui va faire quelques 800.000 victimes. Dès 1996, Avocats Sans Frontières (ASF) se mobilise pour répondre aux immenses besoins du pays en matière de justice : gérer les dizaines de milliers de procès pour génocide et soutenir la reconstruction du secteur, littéralement décimé. Pour le Rwanda d’aujourd’hui, Chantal van Cutsem, coordinatrice ASF pour la région des Grands lacs, souhaite une justice efficace et indépendante.    

Question : Très vite, suite au génocide, ASF installe sa première mission permanente au Rwanda. Comment qualifieriez-vous la situation sur le terrain à l’époque ?  

CvC : Personnellement, je dirais «sans précédent ».  Il fallait juger des dizaines de milliers de personnes accusées de génocide et la justice était totalement démunie. La plupart des infrastructures comme les prisons et les tribunaux avaient été détruites et ses acteurs, dont les avocats, avaient été décimés.  Face à ce défi, quelques 12.000 juridictions « gacaca » ont notamment été créées au niveau local partout dans le pays. Celles-ci ont rendu environ un million et demi de jugements.  ASF a d’ailleurs  « monitoré » le fonctionnement des « gacaca » pendant cinq ans et contribué à la formation des personnes choisies au sein de la population pour faire office de « juge ». Nos équipes ont également appuyé les juridictions classiques, donné des formations aux magistrats et fourni de l’aide juridique tant aux auteurs présumés qu’aux victimes de génocide.

Q : Vingt ans plus tard, certains observateurs, dont des ONG des droits humains, sont assez critiques quant au bilan de la justice rwandaise par rapport au « contentieux génocide »…  

CvC : Quel que soit le système de justice, le but est d’arriver à rendre une justice équitable. Cela exige que les principes régissant le procès équitable soient scrupuleusement respectés,  comme le débat contradictoire mais aussi le fait qu’une décision de justice soit prise dans un délai raisonnable. Il reste effectivement  un certain nombre de personnes en détention préventive, qui attendent un jugement, souvent en appel. Par ailleurs, des victimes attendent  encore une forme de réparation.

Q : Au de-là du traitement des dossiers liés au génocide, quel est le principal défi du système judiciaire rwandais en 2014?  

CvC : Nous avons travaillé pendant  des années aux côtés des acteurs judiciaires, de la société civile et des justiciables pour contribuer au renforcement d’une justice accessible pour tous.  Aujourd’hui, nous espérons que le Barreau du Rwanda et les organisations de la société civile rwandais poursuivent ce travail de manière à assurer une justice indépendante, équitable et de qualité.  Si le boom économique que connait le pays va de pair avec le respect des principes d’impartialité et d’indépendance inhérents au rôle de chacun au sein de la société, ce sera au bénéfice des Rwandais dans leur ensemble.

Photo : Le Centre du mémorial de Kigali a été construit sur un site où sont enterrées plus de 250.000 victimes du génocide © ASF

Published in News

© 2017, Avocats Sans Frontières. Tous droits réservés. Webmaster: Média Animation asbl