Détention provisoire en Ouganda: «Vais-je mourir ici?»

21 janvier 2014

Mityana, Ouganda, le 21 janvier 2014 – Selon une étude conduite par Avocats Sans Frontières (ASF) et l’Université de Toronto, une personne sur trois en Ouganda est maintenue en détention bien au-delà des délais prescrits par la loi. Afin de remédier à cette situation, ASF encourage un accès systématique des détenus à un procès rapide et équitable et milite en faveur des droits des prisonniers. Agée de 48 ans, Mariam Nannozi est l’une détenues libérées de la prison pour femmes de Luzira avec l’aide d’une avocate formée par ASF.

La vie de Mariam (à droite sur la photo) bascule début 2013 lorsqu’elle est arrêtée  et accusée du meurtre de son frère lors d’une dispute familiale. Elle est ensuite conduite à la prison pour femmes de Luzira, située près de la capitale Kampala, où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. “Un jour, je suis arrivée trop tard pour l’appel des prisonniers. Comme punition, j’ai du passer transporter de grosses pierres d’un bout à l’autre de la prison pendant deux jours”, se rappelle Mariam.

Ses proches vendent ses biens et sa parcelle dans l’espoir de la faire libérer. Sans succès. Après deux mois d’emprisonnement, la famille cesse de lui rendre visite.

Très vite, Mariam tombe malade et est admise pendant deux semaines à l’hôpital de Luzira, pour traiter son hypertension, sa dépression et une candidose.

Un des problèmes le plus importants de l’emprisonnement est la tendance qu’ont tant les détenus que les gardiens d’étouffer toute tentative de libération. “Mes co-détenues me disaient : fais une croix sur ta vie. Je n’arrêtais pas de me demander si j’allais mourir ici?”, se souvient Mariam.

Enfin, un jour, Mariam apprend qu’une avocate, Maître Sylvia Ebitu Namawejje (à gauche sur la photo), avait pris son dossier en charge. Selon la législation ougandaise, un prisonnier a le droit d’être libéré sous caution après 6 mois d’emprisonnement en attendant que son cas soit jugé. Mariam fut libérée peu de temps après son audience au tribunal. “Encore aujourd’hui, je ne peux pas exprimer ma reconnaissance à ASF et à Maître Sylvia sans pleurer. Parce qu’en prison, vous n’avez aucune idée de vos droits ; il n’y a pas ni espoir, ni réconfort”, témoigne Mariam.

Avant son emprisonnement, Mariam gagnait sa vie en vendant du charbon et du bois de coupe dans son village situé à 100 km de la capitale : “Aujourd’hui, en tant que veuve, il ne me reste plus rien mais heureusement, je peux compter sur l’aide de mes enfants et des habitants de mon village. Et au moins, je suis libre”.

Ce que Mariam craint le plus est que sa libération sous caution soit annulée sur renvoi ; un retour en prison signifierait la mort pour elle. Sa priorité du moment est de se rétablir et de reprendre des forces pour mener une vie autonome.

Mis en place en partenariat avec l’Ordre des avocats ougandais (« Uganda law Society »), le projet d’ASF est financé par le Programme des Droits de l’Homme du gouvernement australien. Ces six derniers mois, 128 détenues à la prison de Luzira ont pu bénéficier d’une représentation légale grâce au pool d’avocats d’ASF, dont Maître Namawejje. 25 délinquantes ont été libérées et 11 autres ont vu leurs cas entendus. Les autres affaires sont toujours pendantes.

L’avocate Sylvia Ebitu Namawejje (à g.) a fait libérer de prison Mariam Nannozi (à dr.).  Mityana, Ouganda @ ASF – G. Van Moortel

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