« Nous sommes entre le marteau et l’enclume »

21 décembre 2013

Kampala, 21 décembre 2013 – Président d’une association de défense des droits humains, Rénovat Ninahazwe est un défenseur des droits humains burundais en danger. A cause de sérieuses menaces, il a dû quitter son pays et trouver momentanément refuge en Ouganda avec l’aide d’Avocats Sans Frontières (ASF). Lui et sa famille sont pris en charge dans le cadre d’un programme de protection et de défense d’avocats et d’autres défenseurs des droits humains (DDH) menacés dans l’exercice de leur profession. Témoignage.

« Le risque d’élimination physique ou de kidnapping d’un de mes enfants est réel », témoigne Rénovat © ASF / G. Van Moortel

Rénovat Ninahazwe est un DDH engagé : « Nous sommes entre les gens et les autorités, entre le marteau et l’enclume. Et dès que les autorités ne sont pas contentes de notre intervention, nous courons des risques. » C’est ce qui arrive en 2012 lorsqu’il accepte de défendre la plainte de 700 marchands contre un Administrateur accusé de créer illégalement un marché concurrent dans une commune de la capitale burundaise Bujumbura.

Un jour d’octobre 2012, l’Administrateur concerné, accompagné de deux policiers, rend visite au DDH à son domicile et tente de le corrompre. « Si tu peux acheter tout le monde, moi, je ne suis pas à vendre », répond le DDH. Les menaces – y compris des menaces d’« élimination » ainsi que des poursuites en voiture – se précisent, forçant M. Ninahazwe à quitter la capitale, puis son pays pour Nairobi, la capitale du Kenya. Par mesure de précaution, son épouse et ses deux filles âgées de trois et cinq ans l’accompagnent. A plusieurs reprises, il est convoqué par la Cour Anti-Corruption burundaise. « Mais il s’agissait d’un prétexte pour me faire revenir et montrer que cette Cour travaillait. Le risque d’élimination physique ou de kidnapping d’un de mes enfants était réel », raconte le DDH.

En août 2013, avec le soutien des équipes d’ASF au Burundi et en Ouganda, toute la famille est déplacée à Kampala. « J’ai senti le staff ASF très proche de moi. Ils avaient tout organisé : les voitures, les billets d’avion… Ca m’a fort impressionné ! », témoigne-t-il.

Depuis, la famille Ninahazwe occupe un petit appartement dans la capitale ougandaise. Même si les deux fillettes ont pu entrer à l’école du quartier, «ce n’est vraiment pas une situation stable. On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait », s’inquiète l’épouse du DDH qui a dû abandonner ses études de comptabilité. « Mon travail terrorise ma famille, en quelque sorte », constate M. Ninahazwe. « Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est retourner vivre et travailler dans mon pays parce que je suis convaincu qu’un changement est possible, que ces pratiques de corruption disparaitront un jour ».

Entretemps, les équipes d’ASF continuent à apporter tout leur soutien à M. Ninahazwe. Il va ainsi bénéficier d’une formation en gestion des risques liés à sa situation, avec cinq autres défenseurs de la région, ainsi que d’une assistance psychologique fort utile dans la mesure où ces évènements sont très traumatisants.

Des DDH comme M. Ninahazwe sont confrontés à des situations visant à limiter leur travail, telles que menaces, harcèlement judiciaire et administratif et parfois torture ou meurtre. En réponse à cette situation, ASF, en partenariat avec l’East Africa Law Society (Barreau régional des professions juridiques de l’Afrique de l’Est) gère un projet de soutien pour ces personnes en difficulté au Burundi, au Kenya, en Ouganda, en RD Congo et au Rwanda. Le projet est financé par l’Union européenne.

Photo de couverture: La famille Ninahazwe en exil a trouvé temporairement refuge en Ouganda © ASF / G. Van Moortel.

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