Nepal: Une femme accusée de sorcellerie a accès à la justice

20 février 2013

Rupandehi, Népal – Dans une petite communauté rurale, une femme de 28 ans accusée de sorcellerie a été tabassée par des habitants de son village. Soutenue par le partenaire d’ASF – le Forum pour la Protection des Droits des Peuples (PDP) – et des avocats chargés de l’aide légale, elle a pu porter plainte et saisir la justice. Fondées sur des pratiques profondément enracinées, les accusations de sorcellerie sont récurrentes dans les villages reculés du Népal et souvent suscitées par des difficultés socio-économiques sous-jacentes. Les victimes de telles accusations et des violences qui en découlent sont le plus souvent des femmes vulnérables. Certaines ont même été victimes d’immolation par le feu.

Laxmi Dangoriya habite avec sa famille à Pathaarganj du comité de développement du Village Motipur, situé dans le District du Rupandehi, à 300 kilomètres de la capitale Katmandou. Le 26 janvier 2013, Madame Dangoriya est accusée de sorcellerie par des villageois. « Un de mes voisins était malade. Quelqu’un a alors dit que sa maladie a été causée par de la sorcellerie et un makdum baba (prêtre local) a été appelé pour le guérir », raconte-t-elle. « Il a pointé notre maison du doigt et des villageois ont commencé à m’accuser d’être une sorcière. Ils nous ont d’abord menacés, puis battus, moi, mon mari et mon beau-père ».

Vue d'un village népalais © ASF/Shira Stanton

Vue d’un village népalais © ASF/Shira Stanton

La famille de Laxmi a d’abord tenté de porter plainte auprès de la police locale mais suite à son inaction, elle s’est alors adressée à l’avocat en charge de l’aide légale du Barreau du District. Le partenaire d’ASF – le PDP – a également été appelé en renfort. Les victimes ont reçu une assistance juridique pour les formalités à accomplir, permettant l’ouverture d’une procédure pénale. Action typique d’ASF, « nous aidons la police locale à rassembler des preuves et nous aidons les victimes à aller jusqu’au procès », explique Gopi Parajuli, le chef de mission d’ASF au Népal. « Dans les cinq Districts où nous travaillons, nous organisons également des réunions impliquant des avocats, des Barreaux et des représentants du corps judiciaire ». L’objectif est de lutter contre les pratiques illégales, telles que des accusations de sorcellerie.

Ces pratiques traditionnelles ont malheureusement souvent lieu dans des villages comme Pathaarganj. Il n’existe pas de données chiffrées disponibles, mais les observateurs font part d’un nombre croissant d’incidents similaires, avec quelques 100 cas en 2012, y compris à Katmandou. « Les victimes sont pour la plupart des femmes illettrées qui vivent dans la pauvreté et qui n’ont généralement pas les moyens nécessaires pour se protéger. Ce qui est arrivé à Madame Dangoriya est une violation manifeste de ses droits humains, notamment son droit à la dignité et au développement », estime Maître Sunil Kumar Tripathi du Barreau de Rupandehi qui est intervenue dans cette affaire, dont le procès est en cours.

« Les villageois qui m’ont accusé de sorcellerie ont menacé de me bannir du village mais une fois que j’ai pu avoir accès à la justice, j’ai repris espoir d’une vie et d’un avenir meilleur », raconte Laxmi Dangoriya. « Notre famille est pauvre et je suis extrêmement reconnaissante aux avocats et à ASF de m’avoir assistée gratuitement ».

Les activités d’ASF d’assistance juridique gratuite pour les populations sont financées par le Ministère des Affaires Etrangères belge. Le Forum pour la Protection des Droits des Peuples est une organisation non gouvernementale fondée en 2002 œuvrant dans le domaine des droits de l’homme et de l’accès au droit au Népal.

Pour plus d’information, visitez la page ASF au Népal

Photo du haut: accusée de sorcellerie,  Laxima Dangoriya (g.) a saisi la justice avec le soutien d’ASF

Published in Aide légale | Népal | News | Droits des femmes

© 2017, Avocats Sans Frontières. Tous droits réservés. Webmaster: Média Animation asbl