Journée Mondiale des Droits de l’Homme : « Redonnons un peu d’espoir »

10 décembre 2012

Loin d’être un luxe, la justice est un besoin de première nécessité dans de nombreux pays fragilisés. A l’occasion de la Journée Mondiale des Droits de l’Homme, Avocats Sans Frontières (ASF) salue l’engagement de celles et ceux qui luttent chaque jour pour une justice accessible aux plus vulnérables. C’est le cas de James Michel Songa*. A l’heure où les populations à l’Est de la RD Congo sont à nouveau victimes de violences, cet ancien magistrat militaire témoigne de la réalité sur le terrain.

« Aujourd’hui, le M23 est à la Une de l’actualité mais il y a bien d’autres groupes qui terrorisent les populations à l’Est du Congo. Je me souviens de ce jeune milicien membre d’un autre groupe armé qui a déclaré lors d’une audience devant un tribunal : Mieux vaut vivre une journée en héros que toute une vie sans tuer.

Face à cette violence, comment les victimes peuvent-elles encore croire en la justice ? Pourtant, elles ont droit à avoir accès à la justice. Je suis persuadé que chaque décision d’un tribunal condamnant un chef de guerre redonne un peu d’espoir. Car condamner, c’est déjà reconnaître qu’il y a eu préjudice.

Pour ça, la justice formelle doit être soutenue, matériellement, financièrement et par des formations.

© ASF/Myriam Khaldi

Dans la province du Maniema par exemple, seuls les jugements prononcés par le Tribunal de Grande Instance du chef-lieu de cette province sont tapés sur quelques vieilles machines à écrire (cfr. photo). Tout le reste des procès – procès-verbaux, témoignages, questions-réponses – est transcrit à la main. On imagine mal une telle justice au 21ième siècle.

Si la Belgique compte plus de 15.000 avocats, le Maniema en compte à peine une trentaine, pour un territoire quatre fois plus grand que la Belgique. Les populations à l’intérieur des terres n’ont d’ailleurs jamais vu d’avocat. Pour elles, la justice passe par des solutions à l’amiable ou par l’intervention des chefs coutumiers. Or, tout ne se règle pas par le droit coutumier. Un meurtre ne se règle pas par un échange de chèvres entre les parties.

La Justice, c’est bien entendu l’arrestation et la condamnation de l’auteur des crimes commis. C’est aussi obtenir réparation. Malgré les violations massives des droits de l’Homme, la vie dans les villages doit reprendre et des réparations collectives, comme la construction d’un hôpital ou d’une école, y contribuent. La  difficulté sur le terrain est que les victimes ne perçoivent pas toujours ce type de réparations de la même manière. Comment traiter sur le même pied la situation d’une victime ayant perdu 10 membres de sa famille et celle d’une autre victime à qui des miliciens ont extorqué l’équivalent de 10 euros ?

Il n’y a pas que des pays d’Afrique où l’accès à la justice est encore illusoire. Mais même si ces problèmes se posent différemment, le regard des victimes dont les droits fondamentaux ont été bafoués – que cela soit au Népal, en Ouganda ou en Tunisie – est le même que celui des victimes que je rencontre tous les jours dans l’Est du Congo.

Je ne me fais pas d’illusion : le monde est ce qu’il est. On ne peut pas tout changer mais on peut faire quelque chose. ASF et d’autres organisations internationales et nationales, ainsi que les Barreaux et les autres professionnels de la Justice combattent l’impunité des auteurs de violations de droits de l’Homme, comme les crimes de guerre ou crimes contre l’humanité. C’est comme cela que la violence peut être limitée. C’est déjà un début ».

* Ancien magistrat militaire congolais, James Michel Songa a rejoint ASF mi-2009. Il est actuellement assistant du programme Justice Pénale Internationale à l’Est de la RD Congo. Collègue de « première ligne », James récolte, dans des conditions de sécurité parfois précaires, les témoignages des victimes de violations des droits de l’Homme et les aide à participer aux procès.

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