Procès Chebeya : où en est la plainte contre le Général Numbi?

3 décembre 2012

Kinshasa/Bruxelles, le 3 décembre 2012 – Pour l’ONG Avocats Sans Frontières (ASF), la plainte des frères et sœurs de Floribert Chebeya contre John Numbi doit être instruite. Alors que le procès reprend, ASF rappelle l’existence de cette demande déposée le 30 juillet dernier. ASF estime que si le Parquet militaire ne lance pas d’investigations contre le Général, il y aura déni de justice dans le cadre de ce procès.

Suite à l’annonce par certaines parties de leur retrait du procès, ASF précise qu’elle est toujours pleinement engagée dans les audiences devant la Haute Cour Militaire de Kinshasa. En effet, depuis le début de cette affaire, l’ONG belge soutient l’organisation de la défense des frères et sœurs de F. Chebeya.

Outre le procès en cours, ceux-ci, soutenus par ASF, ont ouvert une seconde voie pouvant conduire à la vérité : le Parquet militaire doit conduire des investigations dans le cadre de la plainte qu’ils ont déposée contre John Numbi il y a quatre mois. Cette plainte repose sur l’existence d’éléments contradictoires dans les déclarations faites par le Général Numbi et d’autres protagonistes lors du procès, ainsi que sur les dernières déclarations du cinéaste Thierry Michel et de son « témoin », le Major Milawbwe.

A ce jour, le Parquet militaire n’a pourtant pas encore fait part de sa décision définitive sur les suites qu’il lui a données. « Si cette plainte n’est pas instruite, le déni de justice sera alors flagrant », estime Aurora Capelier, Chef de mission ASF en RD Congo. En effet, l’instruction indépendante et efficace de cette plainte constitue l’unique moyen pour les proches des victimes d’obtenir la vérité quant à un élément central du dossier : l’éventualité de la responsabilité directe de la hiérarchie militaire dans la mort de l’activiste.

Contrairement à ce que d’autres parties civiles ont pu demander via les médias, « la Haute Cour ne pouvait pas inculper directement le Général Numbi dans une procédure en appel», rectifie Jean-Charles Paras, expert ASF en droits civils et politiques. « C’est au Parquet militaire de procéder à une enquête complète et de la soumettre ensuite à l’examen de juges. Ce qui ne préjuge en rien de la responsabilité ou l’innocence de la personne concernée dans la plainte », précise-t-il.

Parallèlement, les frères et sœurs de F. Chebeya restent vigilants quant aux investigations ordonnées par la Haute Cour Militaire de Kinshasa, le 23 octobre dernier, notamment sur la vérification des affirmations du Major Milawbwe.

Le procès Chebeya est emblématique de la lutte contre l’impunité des crimes commis à l’encontre des défenseurs des droits humains. Or, la vérité sur la mort de M. Chebeya se fait toujours attendre.

« La justice congolaise doit démontrer, tant à l’opinion publique congolaise qu’à la communauté internationale, sa volonté de mobiliser tous les moyens matériels et légaux disponibles pour faire la vérité sur les circonstances du décès de M. Chebeya ainsi que sur les éventuelles responsabilités personnelles », conclut Aurora Capelier.

Photo © Fabienne Pompey – IRIN

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