Reprise du procès Chebeya

26 octobre 2012

Petite victoire et vérité lointaine

Kinshasa-Bruxelles, le 26 octobre 2012 – Avocats Sans Frontières (ASF) estime que des pistes de procédure pour examiner la responsabilité du Général John Numbi dans la mort de l’activiste des droits de l’Homme Floribert Chebeya restent ouvertes. Pour ASF, la Haute Cour Militaire de Kinshasa, qui a rendu un arrêt ce mardi, n’interdit pas de déposer plainte contre M. Numbi. Par ailleurs, les frères et sœurs de F. Chebeya soutenus par ASF attendent toujours l’ouverture d’une instruction par le Parquet militaire à l’égard du Général.

Après une suspension de plusieurs semaines, le procès Chebeya a repris ce 23 octobre 2012. La Haute Cour Militaire de Kinshasa a considéré que la procédure en cours ne permettait pas d’inculper directement en appel le Général J. Numbi dès lors qu’il n’avait pas été poursuivi par le Ministère Public. Mais elle a également rappelé que les parties civiles, dont la famille de la victime, peuvent s’adresser à l’Auditorat militaire pour ouvrir une enquête à propos du Général. « La Cour ne ferme donc pas définitivement la porte quant à la responsabilité éventuelle du Général. C’est déjà une petite victoire », se réjouit Chantal Van Cutsem, Coordinatrice ASF pour la région des Grands Lacs.

Pour rappel, les frères et sœurs de F. Chebeya défendus par ASF ont bien déposé une plainte contre John Numbi auprès du Parquet Militaire le 30 juillet dernier. Cette plainte repose sur l’existence d’éléments contradictoires dans les déclarations faites par le Général et d’autres protagonistes lors du procès, ainsi que sur les dernières déclarations du cinéaste Thierry Michel et d’un co-accusé, le major Milawbwe.

A ce jour, le Parquet militaire n’a pas encore fait part de sa décision définitive sur les suites à donner à cette plainte. Les parties civiles attendent évidemment qu’elle donne lieu enfin à une enquête complète et ensuite soumise à l’examen des juges.

Parallèlement, les frères et sœurs de Chebeya ont obtenu de la Haute Cour Militaire la décision d’ordonner des investigations complémentaires. « Cela confirme que tout n’avait pas été fait pour établir toute la vérité, ni lors de l’instruction, ni lors du premier procès », estime Chantal Van Cutsem. « Maintenant, nous resterons vigilants pour que ces investigations se fassent rapidement et sérieusement ».

Pour ASF, la justice congolaise doit mobiliser tous les moyens matériels et légaux disponibles pour établir au plus près les circonstances du décès de M. Chebeya ainsi que les éventuelles responsabilités personnelles. En même temps, la procédure doit être en mesure de garantir les intérêts légitimes et les droits des toutes les parties sans exception, parties civiles comme accusées.

Leader de l‘ONG congolaise « La Voix des Sans Voix », Floribert Chebeya avait été retrouvé mort dans son véhicule le 2 juin 2010, à Kinshasa. Très rapidement, plusieurs éléments de l’enquête avaient permis de soulever l’hypothèse d’une mort impliquant diverses personnalités militaires et ainsi que des services de sécurité de l’Etat.

Photo de couverture: Les avocats d’ASF participent au procès Chebeya, 2012 © Junior D.Kannah

Photo: Floribert Chebeya © La Passerelle

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