Colombie : pas de paix sans justice

16 octobre 2012

Bruxelles/Bogota, 16 octobre 2012 – A la veille des pourparlers de paix qui se dérouleront à Oslo entre les rebelles des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien, la question de la justice en Colombie se pose de façon évidente. La volonté de paix ne doit pas effacer la nécessité de justice dans un pays où le conflit a causé des milliers de victimes  de disparitions, d’exécutions sommaires et d’autres violations des droits humains.

Quatre millions et demi de personnes déplacées,  des milliers de militants politiques et de syndicalistes assassinés…: le bilan de près d’un demi-siècle  de violences en Colombie est particulièrement lourd et, par conséquent, les négociations  pour la paix cruciales. Pourtant, jusqu’à présent, la société civile colombienne est écartée du processus malgré son appel lancé au Gouvernement pour y être associée. « L’Etat doit ouvrir des enquêtes sur les violations des droits humains ; des jugements doivent être prononcés contre leurs auteurs et des réparations pour les victimes doivent être prévues », réclame Maître Reinaldo Villalba Vargas, membre du Collectif d’avocats « José Alvear Restrepo » (CCAJAR) (photo). « Or, ce que nous craignons, c’est que le processus de paix ne débouche sur l’impunité pour des militaires et agents de l’Etat responsables de crimes contre l’humanité».

Le CCAJAR travaille avec Avocats Sans Frontières-Canada (ASFC) depuis 2009 sur un programme visant  à renforcer l’accès à la justice pour les victimes du conflit, en particulier les communautés  autochtones. ASFC s’est également associé avec Avocats Sans Frontières (ASF) basé à Bruxelles et des avocats colombiens pour notamment combattre l’impunité qui règne autour du phénomène dit des  « falsos positivos ». Ces exécutions extra-judiciaires attribuées aux membres des forces armées régulières sont effectuées sans procès et peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.  « En quatre ans, la justice colombienne a enquêté sur le meurtre de près de 3.000 civils victimes de cette pratique et seuls 216 militaires ont été condamnés»,  dénonce Luc Meissner, coordinateur du projet  Justice Pénale Internationale chez ASF.  Cette situation est symptomatique de l’absence de progrès notable en matière de justice et de lutte contre l’impunité.  

Afin de pallier ces carences, des voix se sont élevées  pour inciter la Cour pénale internationale (CPI) à ouvrir une enquête sur la Colombie. C’est dans ce contexte qu’ASF et ASFC ont lancé, en 2011, un projet pour renforcer les liens entre les acteurs de la société civile et la CPI (1).  « Nous avons entre autre organisé la formation de 65 avocats colombiens pour qu’ils puissent mieux défendre les victimes des exécutions extra-judiciaires », explique Luc Meissner. « Grâce à des sessions collectives, près de 200 représentants de villages et de communautés affectées par les violences, ont été sensibilisés sur leurs droits et les possibilités leur permettant de porter plainte et d’obtenir réparation ».

Les avocats formés par ASFC et ASF ont également pris en charge 18 affaires représentant 456 victimes devant des juridictions colombiennes. Les victimes et familles de victimes peuvent enfin faire entendre leurs voix devant les tribunaux. « C’est fondamental. Car ce que les victimes veulent avant toute chose, c’est la vérité comme signe de réparation, et surtout comme garantie que les crimes commis ne se reproduiront plus», conclut Maître Reinaldo Villalba Vargas.

Photo de couverture: R. Villalba Vargas, Bruxelles, 2012 © ASF/V. Vanderelst

(1) Projet « Promouvoir le système du Statut de Rome et améliorer l’effectivité de la Cour pénale internationale (CPI) », financé par l’Union européenne

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