Des milliers de plaintes de violations des droits de l’Homme analysées

11 octobre 2012

Tunis, 11 octobre 2012 – Grâce à Avocats Sans Frontières (ASF), 7.454 dossiers de victimes de violations des droits de l’Homme en Tunisie ont été classés et archivés  dans des bases de données. Huit associations tunisiennes de défense des droits de l’Homme ont participé à ce projet. Une meilleure connaissance  des informations reprises dans ces dossiers permettra de participer au processus de justice transitionnelle dans le pays phare du Printemps arabe.

Opérationnelle en Tunisie depuis le début de l’année, ASF vient de clôturer son premier projet : le traitement de milliers de dossiers de plaintes de violations des droits de l’Homme recueillies par huit associations tunisiennes (1). Le projet (2) visait  à aider ces associations à organiser efficacement leurs dossiers, les conserver et mieux gérer des données disponibles, comme le type de victimes, de violations ou encore le profil de leurs auteurs. Concrètement, les ONG ont effectué le travail d’archivage de 7.454 dossiers de victimes ainsi que le traitement des données. Pour sa part, ASF a assuré la formation nécessaire et élaboré la base de données commune.

Cet archivage n’a pas été chose aisée : détérioration physique d’un certain nombre de dossiers, disparition d’autres suite aux saccages causés sous l’ancien régime, ou encore incapacité des victimes et de leurs proches à fournir des détails sur les violations subies.

Malgré ces difficultés, le projet a débouché sur des résultats positifs. « Le travail d’analyse et de capitalisation des données rapportées par les victimes  a permis aux associations impliquées dans le projet de partager leurs pratiques respectives en termes de prise en charge de dossiers, d’aide et d’accompagnement des victimes », explique Solène Rougeaux, chef de mission ASF à Tunis.

Le traitement et la mise en commun des analyses de données donnent une sorte de cartographie des injustices commises sous l’ancien régime.  « Ces banque de données sont une source incontournable pour l’observation de l’état des libertés dans le pays », estime Mme Rawdha Gharbi de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme qui a participé au projet. « Grâce à ces données, nous pouvons rédiger nos rapports et renforcer notre plaidoyer sur les besoins de justice, qui sont  indissociables du processus de transition démocratique que vit la Tunisie aujourd‘hui ». 

Un an et demi après la révolution, la société civile tunisienne n’a toujours pas obtenu la mise en place de mécanismes pour établir la vérité sur les abus perpétrés par le pouvoir depuis 1987, année du coup d’Etat de Ben Ali, voire depuis 1956, année de l’indépendance du pays. Les crimes du passé comprennent aussi bien la torture et l’emprisonnement que les crimes économiques et sociaux, comme la corruption et le détournement d’argent. « Les victimes de ces crimes doivent être reconnues. Nous allons donc poursuivre notre travail de soutien aux ONG des droits de l’Homme et professionnels du droit », conclut Solène Rougeaux. « La justice tunisienne doit accessible à tous et contribuer au rétablissement d’une confiance entre les justiciables et le pouvoir. »

Pour plus d’information sur ASF en Tunisie

Photo de couverture: Manifestation à la mémoire de victimes de violences, Bassin minier @ ASF / S. Rougeaux

(1) La ligue Tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), l’Association des Femmes Tunisiennes Universitaires de Recherche et Développement (AFTURD), l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates ( ATFD), le Conseil National pour les Libertés en Tunisie (CNLT), l’Association Internationale de défense des Prisonniers Politiques (AISPP), l’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT), l’organisation Liberté et Equité, et l’Association des familles des martyrs et blessés de la révolution Tunisienne Awfia.

(2)  Financé par le Département fédéral des Affaires étrangères Suisses

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