Etre avocat au… Ghana

Me Joe Aboagye Debrah

Me Debrah, les professions juridiques attirent-elles beaucoup d’étudiants ?

De plus en plus, mais pas toujours pour les meilleures raisons. Beaucoup de personnes sont principalement intéressées par l’argent. Heureusement, de plus en plus souvent, des jeunes gens entrent dans la profession avec l’objectif d’utiliser la loi comme un outil effectif de changement social. Le côté positif est que la profession juridique reste très respectée. Les avocats ont un certain statut dans la société et il demeure possible de bien gagner sa vie grâce à son travail. Être un avocat au Ghana vous garantit une sécurité et un bon statut social.

Me Joe Aboagye Debrah

Me Joe Aboagye Debrah

Diriez-vous qu’il y a assez d’avocats pour satisfaire les attentes de la population ?

Dans un pays en développement comme le Ghana, il y a toujours besoin de plus d’avocats ! Aujourd’hui, on estime à 2.500 le nombre d’avocats en exercice au Ghana, pour une population totale d’environ 24 millions de personnes. La majorité d’entre eux se trouvent dans les villes principales comme Accra, Kumasi, Cape Coast, Sekondi-Takoradi, Sunyani, Ho et Tamale. La répartition n’est donc pas équitable. Dans les plus petites villes ou dans les zones rurales, il n’y a pas assez d’avocats qualifiés. La création de plusieurs tribunaux dans les régions amènera, espérons-le, une meilleure répartition des praticiens. L’objectif étant à terme que tout le pays soit couvert par la profession, et que des personnes ordinaires puissent ainsi avoir un accès effectif à des services juridiques de qualité.

Le Barreau du Ghana est la plus haute institution du pays pour les avocats : c’est en fait une « cou­pole », une association nationale des Barreaux. Tous les avocats qualifiés et inscrits sont éligibles en tant que membres. Le Ghana est un pays uni­taire mais ses dix régions ont toutes leurs Barreaux régionaux, qui font partie intégrante du Barreau du Ghana. Le Barreau du Ghana a un Président Natio­nal élu à la conférence annuelle des avocats pour servir, avec d’autres membres exécutifs, un mandat défini par la Constitution du Barreau du Ghana.

Comment décririez-vous le fonctionnement du système juridique dans votre pays ?

Nous rencontrons les mêmes problèmes que dans d’autres pays en développement, mais je dois dire que nous ne nous en sortons pas trop mal. Les pro­blèmes de corruption ne sont pas trop répandus et un programme a été lancé par le Chief Justice pour y remédier. Le Conseil Juridique Général est un corps statutaire qui régule la profession et s’assure du maintien des standards. Il est aussi responsable de l’organisation et de la formation des futurs avocats, du fonctionnement des chambres, et s’occupe des plaintes déposées contre les avocats.

Vous sentez-vous libre d’exercer en toute indé­pendance ?

Oui, comme la majorité de mes confrères. Il n’y a pas d’ingérence perceptible du gouvernement dans la pratique de notre fonction. Les avocats sont bien équi­pés pour défendre leur indépendance et le Barreau du Ghana possède une riche histoire de défense de son indépendance et des droits des citoyens.

Au niveau plus personnel, qu’est-ce qui vous a attiré dans la profession d’avocat ?

J’ai toujours voulu être avocat, depuis que je suis petit – tous mes amis d’enfance pourront vous le dire. En fait, je réalise mon rêve tous les jours ! J’espère seulement pouvoir faire plus pour les gens sans ressources. La population du pays est assez pauvre. La plupart des gens sont illettrés, ou avec peu d’éducation. Ils ne sont pas toujours au courant de leurs droits et ont besoin d’être proté­gés. Le Barreau et le Gouvernement ont instaurés des programmes d’aide juridique, mais beaucoup de personnes en ignorent l’existence. Le Barreau du Ghana encourage les avocats et les cabinets à travailler pro bono, avec peu de succès : il y a encore beaucoup de travail à faire pour sensibili­ser les avocats. Ceci explique pourquoi j’ai fondé en 2005 une organisation appelée ThinkGhana, avec comme objectif de développer des principes de bonne gouvernance et d’assurer la protection des droits des actionnaires et des citoyens. Nous essayons d’éduquer les gens sur leurs droits et nous nous chargeons de quelques cas sensibles. Nous publions également des avis sur des problèmes d’intérêt public. Nous travaillons actuellement sur le développement d’un groupe de jeunes avocats motivés pour assurer des services juridiques pro bono, volontaires et capables de s’élever pour la défense des droits des membres les moins favorisés de la communauté.

Mai 2010


Liens

Ghana

  • Capitale : Accra
  • Langue officielle : anglais
  • Population : 23 832 495
  • Espérance de vie à la naissance : 59,85 ans
  • PNB par habitant (PPA): 1500 USD
  • Taux d’alphabétisation des plus de 15 ans : 35 %
  • IDH*: 0,526 (152epays sur 182)
  • Type de gouvernement : République
  • Nombre d’avocats : 2500
  • Nombre de Barreaux : 1 (Ghana Bar Association)

* IDH = Indice de Développement Humain, calculé par la moyenne de trois indices relatifs à la santé/longévité (espérance de vie à la naissance), au niveau d’éducation (taux d’alphabétisation) et au niveau de vie (logarithme du PIB/hab. en PPA)

Sources: www.undp.org et www.statistiques-mondiales.com

Me Joe Aboagye Debrah

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