Etre avocat en… Colombie

Me Rafael Palencia

Me Rafael Palencia

Me Rafael Palencia

Des formations en droit sont-elles organisées dans votre pays ? Quelles sont les obstacles éventuellement rencontrés dans l’accès aux études ?

La majorité des universités colombiennes, qu’elles soient publiques ou privées, possèdent une faculté de droit (1). Cependant, les défis que doivent affronter les futurs étudiants sont multiples. Le premier d’entre concerne l’aspect financier – et cela vaut pour l’ensemble des facultés : vu le taux élevé de chômage et l’ampleur de l’économie informelle dans le pays, le prix des études constitue pour la majorité de la population une barrière à l’accès aux études supérieures. Il s’agit d’un problème structurel de la société colombienne. La majorité des universités sont privées, et même les établissements publics ont augmenté le montant des frais d’inscription pour couvrir les déficits budgétaires liés à l’insuffisance des financements étatiques. On assiste ainsi à un véritable processus de privatisation (2).

Un deuxième défi est d’ordre logistique : les universités ne disposent ni des infrastructures, ni du personnel académique, ni des bibliothèques, ni des programmes de recherche, ni des publications dont elles auraient besoin pour dispenser un enseignement de qualité.

Est-il facile de trouver un emploi en tant qu’avocat?

Non. Le marché du travail dans ce domaine est complètement bouché, même si la demande est sans cesse croissante. Prenons l’exemple de la  justice pénale : énormément de personnes, issues des couches économiquement défavorisées de la société où la petite délinquance est fort répandue, sont privées de liberté sans avoir les moyens de payer pour assurer leur défense. Elles font donc majoritairement appel aux services d’avocats commis d’office, lesquels sont peu formés dans ce domaine. De manière générale, la défense publique est insuffisante et de mauvaise qualité.

Pour enseigner le droit à l’université, il faut disposer d’une formation de troisième cycle (magistrat, docteur) mais, là encore, les prix pour l’accès à ces formations demeurent dissuasifs.

Exercer dans le domaine du droit du travail est également problématique, du fait que la majorité des emplois ne font pas l’objet d’un contrat de travail : en cas d’abus par l’employeur, il n’est pas possible de faire appel à un avocat spécialisé. Les études indiquent que plus de 90% des actions en justice en faveur des travailleurs devant les juridictions du travail n’aboutissent pas, ce qui rend illusoire l’action de ces avocats.

Expliquez-nous comment est organisé le Barreau dans votre pays

A ma connaissance, il n’y a que deux associations d’avocats, et l’affiliation s’y fait de toute façon sur base volontaire : CONALBOS qui œuvre à l’échelle nationale, et la COLEGIATURA DE ABOGADOS LITIGANTES dans la ville de Cali. Je ne connais pas leur fonctionnement interne, ni le nombre d’affiliés, mais je ne pense pas qu’ils soient vraiment nombreux.

Comment caractérisez-vous le fonctionnement de la justice dans votre pays ?

L’administration judicaire en Colombie est très irrégulière. Plusieurs facteurs affaiblissent son indépendance : le fonctionnement du pouvoir exécutif, les groupes armés illégaux au-dessus des lois, la corruption, l’instabilité juridique, la partialité et les abus de la hiérarchie. C’est pourquoi la confiance que peut avoir le peuple en la justice est toute relative et très fragile.

Comment les avocats sont-ils perçus par la population ? Comment se passe l’exercice de la profession ?

Beaucoup de gens pensent encore que les avocats sont malhonnêtes – la reconnaissance de la profession n’est que partielle. Il est difficile d’évaluer le salaire moyen d’un avocat en Colombie. Dans ce pays, de manière générale, les disparités de revenus sont assez grandes, et la profession juridique n’échappe pas à cette réalité. Certains avocats conseillers dans des grandes entreprises, des consortiums ou des institutions étatiques jouissent de revenus très élevés. Les avocats indépendants qui se sont construit un certain prestige ont eux aussi un statut économique satisfaisant. Mais pour l’immense majorité d’entre eux, leur profession ne leur fournit aucune garantie pour vivre au quotidien : ils ont donc recours à d’autres activité comme l’enseignement ou le commerce…

Enfin, il n’est pas facile de pouvoir exercer de manière indépendante le métier d’avocat. Au cours de ma carrière, j’ai été non seulement menacé, mais j’ai été victime d’une tentative de meurtre, j’ai également fait l’objet de persécutions de la part de l’Etat.

Qu’est ce qui vous a pourtant motivé à devenir avocat ?

C’est le désir de contribuer à la lutte pour le droit des travailleurs. En ce sens, on peut dire que oui, j’ai réalisé mes objectifs qui étaient d’intervenir dans ce domaine, et que mes efforts ont parfois été couronnés de succès. Mais de manière générale, dans ce pays, les droits de la population ont fortement reculé ces dernières décennies…

Décembre 2010

(1) En 1993, 32 universités dispensaient des études de droit. En 2001 elles étaient 63 et en 2007, 72. L’association colombienne des facultés de droit ACODAFE signale 53 universités affiliées (http://acofade.org/asociadas.htm)
(2) Les facultés de droit des universités publiques représentaient 54,5% du total de la spécialité en 1949, et 29% en 2007.

La Colombie

  • Capitale : Bogota
  • Langue officielle : espagnol
  • Population : 44 205 293 habitants
  • Espérance de vie à la naissance : 73,4 ans
  • PNB par habitants (PPA): 8959 USD
  • Durée moyenne de scolarisation: 7,4 ans
  • Classement IDH* : 0,689 (79pays sur 182)
  • Type de gouvernement : République

* IDH = Indice de Développement Humain, calculé par la moyenne de trois indices relatifs à la santé/longévité (espérance de vie à la naissance), au niveau d’éducation (taux d’alphabétisation) et au niveau de vie (logarithme du PIB/hab. en PPA)

Sources : www.undp.org et www.statistiques-mondiales.com

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